Navigation

Korrespondenz: Alfred Escher – Louis Roget

AES B7889 | SBB Historic VGB_GB_SBBGB03_001

Louis Roget an Alfred Escher, Genf, Dienstag, 9. Juni 1874

Schlagwörter: Gotthardbahn-Gesellschaft (GB), Gotthardbahnprojekt, Gotthardtunnel, Tunnelbau

Briefe

Genève 9 Juin 1874

Mon cher & bien honoré Monsieur

N'ayant pu vous voir à Berne à mon retour d'Altorf je vous ai adressé une lettre pour vous rendre compte de mes impressions au sujet de la convention nouvelle concernant les installations du tunnel du Gothard. Je viens aujourd'hui vous faire part de mes impressions sur les travaux, sur le personnel, sur Mr Favre lui-même.

– J'ai trouvé la comptabilité en ordre parfait, les bureaux & le personnel d'Altorf bien organisés, tout ponctuellement à jour; dès l'origine Mr Favre, que vous avez eu peut-être l'occasion de voir, a organisé la comptabilité, les archives, d'une manière lucide & bien entendue, & on a continué à suivre la méthode établie par lui; le personnel | des bureaux d'Altorf n'est pas fort nombreux, mais il travaille beaucoup & il est intelligent et dévoué à l'entreprise; je vois dans cet ensemble une garantie de bon ordre qui me satisfait.

– Quoique l'on n'ait pas à l'heure qu'il est en avancement des travaux aussi considérable que les impatients le voudraient ou se l'étaient imaginé, je trouve néanmoins la situation générale très-satisfaisante pour le présent & rassurante pour l'avenir & la bonne exécution du tunnel dans le délai fixé. Il est de fait que si l'on n'eût pas eu les envahissements d'eau d'Airolo, on serait de ce côté là aussi & probablement plus avancé qu'à Goeschnen, & alors personne n'aurait l'idée d'émettre des doutes sur la durée des travaux. |

L'important c'est que les installations sont réussies, l'épreuve en est faite, elles font l'admiration de tous les hommes compétents qui les ont vues & appréciées, & vous savez qu'ils sont déjà nombreux. Mon honorable ami le professeur Colladon a reçu déjà de bon nombre d'ingénieurs distingués & compétents même italiens les déclarations les plus formelles de leur étonnement de tout ce qui a été fait dans un temps relativement court, leurs compliments sur le mérite & la bonne organisation des installations, & leurs marques de sympathie pour l'entrepreneur actif & infatigable qui domine tout cet immense travail avec une énergie remarquable.

Du reste vous saviez bien vous-même, Monsieur, à qui vous auriez à faire en choisissant Mr Favre, & je ne suis point étonné en le voyant à l'œuvre que vous ayez mis une aussi | grande importance à faire tomber dans ses mains l'adjudication de ces travaux plus qu'ordinaires; du reste, moi qui connaissait déjà M Favre antérieurement je n'ai point été surpris de votre désir de le voir arriver plutôt qu'un autre, lorsque vous avez bien voulu m'en faire part avant l'adjudication & lorsqu'il sagissait de vous donner l'assurance que son cautionnement de 8 millions serait versé en temps utile. Il ne faut pas oublier non plus que Mr Favre en se présentant & en faisant évincer les Italiens a été la cause d'une économie de 15 millions pour la Cie du Gothard, ce qui n'est pas une bagatelle, & cela joint à l'energie infatigable qu'il déploie, doit être un motif décisif de bienveillance à son égard de la part de la Cie. |

J'espère qu'après la nouvelle convention pour les installations et lorsqu'on aura de meilleurs terrains à Airolo, bien des causes de discussions, ou d'observations, des coups d'épingle enfin n'auront plus de raison d'être, & qu'il pourra être entier toute âme, toute pensée, tout cœur à ses travaux sans préoccupations accessoires.

– Permettez moi, par exemple, de vous citer une chose dont j'ai été témoins Samedi; c'est une lettre de la Cie au sujet de l'accident & des malaises produits par les gaz malsains de la dynamite.

Il n'est cependant pas de sa faute, & c'est contre les prévisions humainement possibles, que ce fait s'est produit; ce n'était point une nouvelle dynamite à l'essai, mais sans doute une ou deux doses de dynamite | mal préparée qui un jour a causé des malaises & a été la cause indirecte de la mort d'un jeune ouvrier. Et bien à ce sujet, on lui adresse une lettre de reproches & des recommandations d'avoir plus de soins de ses ouvriers, etc.. Or Mr Favre est très-aimé des ouvriers, il a un grand ascendant sur les ouvriers, & il se préoccupe dans une grande & large mesure de leur bien être. C'est donc bien vexatoire pour lui au milieu de ses grosses préoccupations, de ses immenses responsabilités, d'avoir encore à lire & à répondre à des reproches de cette nature.

J'ai cité cet exemple pour en citer un récent, mais d'une manière générale, je me permets respectueusement d'attirer votre attention sur l'opportu| nité que Mr Favre ne soit pas tracassé, ni énervé, ni découragé par des petites tracasseries accessoires.

Il est trop important qu'il conserve toute son énergie, tout son optimisme, toute sa bonne humeur même, pour qu'il vaille la peine que tous ceux qui ont le désir qu'il réussisse, tous ceux qui l'aiment et qui l'apprécient, fassent en sorte qu'en ce qui dépend d'eux, on lui laisse toute sa liberté d'esprit & de pensée pour la porter sur son travail & ne pas la détourner dans des détails secondaires.

– Je vous parle à cœur ouvert de tout cela, sachant à qui je m'adresse, et ma lettre étant tout à fait confidentielle & intime, mais il m'a paru que vous ne me trouveriez ni indiscret ni ridicule de | vous faire part de mes réfléxions intimes, dans une circonstance où j'ai engagé tant de responsabilité morale, & beaucoup de capitaux.

Dans ma conviction intime & entière, après avoir sondé Favre & Colladon & d'autres ingénieurs attachés aux travaux, je crois fermement que le tunnel sera achevé avant le 23 Août 1880, à condition que Favre vive et conserve sa santé et son énergie.

Cher & honoré Monsieur, considérez cette lettre pour vous Seul, et agréez la avec indulgence de la part de votre respectueux & dévoué

Louis Roget

Kommentareinträge

Nachträglicher Stempel oben rechts auf Seite 1 mit von dritter Hand eingetragener Nummer: «Gotthardbahn | 27 JUNI 1874. | No 3139.» – Nachträgliche Inhaltsangabe oben links auf Seite 1 von dritter Hand: «Bericht über den Stand des Favre'schen Bauunternehmens. | Präsidium» . – Nachträgliche Notiz unten rechts auf Seite 1 von dritter Hand: «Prot. 18. VI. 74. N. 1065» .