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Korrespondenz: Alfred Escher – Louis Favre

AES B7540 | SBB Historic VGB_GB_SBBGB03_010

Louis Favre an Alfred Escher, Altdorf (UR), Samstag, 13. Juni 1874

Schlagwörter: Gotthardbahn-Gesellschaft (GB), Gotthardbahnprojekt, Gotthardtunnel, Tunnelbau

Briefe

ENTREPRISE
DU
TUNNEL DU GOTHARD
L. FAVRE & CIE
No 147

Altorf (Canton d'Uri – Suisse), le 13 Juin 1874 1

Monsieur Escher, Président du Comité de

Direction du Chemin de Fer du Gothard,

Monsieur Le Président,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre honorée lettre du 8/10 courant, que je n'ai reçue qu'hier Vendredi à 2 h ½ de l'après-midi, par une erreur de poste, comme j'ai eu l'honneur de vous l'annoncer par ma dépêche d'hier, et comme vous le prouve l'adresse de la dite lettre que je joins à la présente.

Vous me demandez, Monsieur le Président, une réponse à votre honorée lettre du 29/31 Décembre 1873, relative au programme que je dois vous soumettre d'après l'article 10 de ma Convention, programme relatif à l'avancement du souterrain pendant les huit années de délai prescrites pour la dite Convention.

Permettez-moi, Monsieur Le Président, de vous rappeler les divers incidents qui ont suivi la réception de cette lettre du 29/31 Décembre, et les pourparlers auxquels a donnée lieu la question du programme d'avancement soulevée déjà plusieurs fois.

Le 2 Janvier 1874, j'avais l'honneur de vous| demander, soit à Zurich, soit à Lucerne, une entrevue, dans la quelle nous puissions discuter verbalement les questions soulevées.

Cette entrevue n'ayant point abouté à une entente sur le programme, il me fut toutefois confirmé verbalement ce dont vous m'aviez avisé par votre honorée du 2 Décembre 1873, à savoir que «aussi longtemps que nous n'aurions pas présenté un programme qui puisse être approuvé par la Compagnie, ce n'est que l'Article 11 de la Convention qui peut faire règle pour l'attitude de la Compagnie vis-à-vis de nous, quant à l'avancement des travaux.»

J'avais donc le droit de regarder cette communication verbale et écrite comme une solution tout au moins provisoire de la question du programme, et j'attendais pour la [réentamer?] de nouveau, que de nouvelles Communications, soit de votre honorable Direction, soit de Monsieur L'Ingénieur en Chef, m'y aient autorisé.

Vous me faites l'honneur aujourd'hui, Monsieur Le Président, de me demander, comme réponse à votre honorée du 29/31 Décembre, une solution de la question du programme, à la quelle vous attachez une importance considérable. Permettez-moi, Monsieur le Président, de développer à cette place les raisons| plausibles qui me conseillent de garder à cet égard de justes et indispensables réserves, en ne m'engageant point, par un programme dont la teneur ne peut en tous cas qu'être complètement provisoire, à exécuter à des époques fixes, une somme de travaux qui peuvent évidemment varier avec les prévisions qui ont pu être faites.

Je vous le demande en toute conscience, Monsieur le Président, puis-je m'engager à exécuter irrémissiblement un programme, si je ne connais pas exactement la nature des couches traversées par le souterrain? J'y consens toutefois, si les honorables Ingénieurs et géologues attachés à votre Compagnie veulent bien m'assurer de la réalisation certaine de leurs prévisions.

Pour ne citer qu'un exemple, assez frappant hélas! et que nous avons chaque jour sous les yeux – je veux parler de la galerie d'Airolo – puis-je m'engager raisonnablement par un programme, dans des Conditions qui changeront certainement un jour, mais qui pour le moment semblent déjouer toute science et toute puissance humaines. Vous le savez comme moi, Monsieur le Président, nul n'a prévu ces circonstances non seulement exceptionnelles, mais jusqu'à ce jour heureusement inconnues, dans les quelles le travail se trouve placé à la tête sud du Tunnel. Vous| n'ignorez point non plus, malgré les efforts inniables qui ont été faits, et malgré tous ceux qui pourraient être faits dans l'avenir, qu'il est matériellement impossible de travailler avec une marche régulière, donc de donner un programme quelconque qui ne pouvait être qu'une satisfaction fictive à un article de notre Convention.

Mon raisonnement serait tout autre, et je m'empresserais dans ce cas de fixer un programme, si on voulait bien également m'assurer du jour où les irruptions d'eau cesseront du Coté d'Airolo, et où mon travail pourra reprendre la marche normale que j'appelle de tous mes voeux.

Dans votre honorée du 29/31 Décembre 1873, et selon le programme que vous me faites l'honneur de m'adresser, je dois exécuter, dans la période qui se termine au 23 Août 1874, une longueur de 1800 m de petite galerie, à partir du 23 Août 1873. Vous pouvez juger, Monsieur le Président, qu'après l'avancement que j'ai déjà obtenu dans les circonstances défavorables que vous connaissez, vous pouvez juger si mon programme eut été largement rempli dans des Conditions normales. Les Chiffres de notre avancement actuel permettent de prévoir que nous aurions surpassé facilement le 1800 mètres que vous nous aviez assignés. |

ENTREPRISE DU TUNNEL DU GOTHARD L. FAVRE & CIE No 147

Altorf (Canton d'Uri – Suisse), le 13 Juin 1874

(Suite de la lettre du 13 Juin à Monsieur le Président du Comité de Direction du chemin de fer du Gothard.)

Quant à ce qui regarde l'achèvement complet du souterrain, cet achèvement dépend, comme tout homme compétent le reconnaîtra, de l'avancement exclusif de la maçonnerie de revêtement de la voute, qui doit s'effectuer avant l'excavation du Strosse. Or, cette question principale des maçonneries, deja tant de fois discutée, sans résultat pratique, restera toujours, Monsieur le Président, je puis vous l'assurer en toute sécurité, une cause constante de retards, si la Compagnie ne renonce pas à certaines exigences dont l'utilité peut en certains points être contestée et dont les résultats sont de rendre l'exécution de ces maçonneries, sinon impossibles, du moins lentes et onéreuses.

Vous n'ignorez point non plus, Monsieur le Président, les difficultés de toute nature que nous rencontrons à nous procurer, pendant la bonne saison, si courte, qui permet les travaux extérieurs, l'approvisionnement de moëllons nécessaire pour le travail de toute l'année. Cet approvisionnement indispensable ne peut être fait que si l'honorable Compagnie veut | bien nous communiquer dans les premiers jours de Juin de chaque année le type de moëllons que nous devons préparer pour toute l'année, pendant les trois ou quatre mois de saison favorable. Vous comprenez facilement, Monsieur le Président, qu'à cet approvisionnement est liée irrévocablement la question d'avancement du revêtement du souterrain, en égard aux conditions climatériques dans les quelles nous nous trouvons placés.

En outre, sans rien enlever des droits que possèdent en toute justice MM. les Ingénieurs de la Compagnie, de surveiller et de vérifier les travaux effectués par nous, nous nous permettrons, Mr le Président, à appeler toute votre attention sur les exigences actuelles de Messieurs les Ingénieurs, exigence vraiment inconcevables, sur les quelles nous faisons dès aujourd'hui toutes réserves, en égard aux retards considérables qu'elles pourraient nous occasionner dans la suite.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Président, nous fondant en premier lieu sur les circonstances pénibles dans les quelles la galerie d'Airolo se trouve particulièrement, circonstances assez connues de vous pour que je n'aie pas à les présenter de nouveau ici, en second lieu sur l'impossibilité ou je suis placé de pouvoir conduire activement les travaux | de revêtement du souterrain, je crois qu'une entente sur la question du programme est difficile sinon impossible, jusqu'à ce que le travail réalisable soit entré dans une peroide complètement normale, tant en ce qui regarde les obstacles naturels que les indécisions et les exigences de la Compagnie vis-à-vis de la question du Choix et de l'approvisionnement des matériaux de revêtement.

J'avais l'honneur de vous faire remarquer plus haut, Monsieur Le Président, que les 1800 mètres d'excavation que vous m'assigniez dans votre honorée du 29/31 Décembre 1873, eussent été surpassés, si les circonstances n'avouent pas été tellement défavorables. J'ai employé jusqu'é ce jour, tous mes efforts, à la réalisation du travail que vous m'avez fait l'honneur de me confier; j'agirai de même dans l'avenir. Quelque programme qu'on m'impose, soyez assuré, Monsieur le Président, que mes travaux n'en marcheront, ni avec plus de célérité, ni avec moins de lenteur. Le premier intéressé dans la réussite de notre Entreprise, est sans contre dit, moi-même; et si le devoir ne me parlait déjà assez haut, mon intérêt personnel me dicterait lui même le programme que je dois réaliser. Je connais trop la grandeur de la tâche que j'ai à accomplir, pour ne | pas y mettre toute mon expérience et toute l'activité dont je suis capable. J'ai trouvé devant moi jusqu'ici des obstacles considérés par nombre de patriciens comme insurmontables, j'éspère que bientôt ils seront complètement applanis; mon programme alors pourra être discutée.

Vous me demandez, Monsieur Le Président, de fixer l'époque à la quelle la galerie courbe d'Airolo sera achevée. Je ne puis à ce sujet, que vous réitérer les prières que j'adresse à Monsieur l'Ingénieur en chef depuis le commencement de l'Entreprise, relativement à l'exécution de ce travail dont j'envisage comme vous la haute importance et dont la solution tardive vient seulement d'avoir lieu.

Comme je le faisais remarquer à Monsieur l'Ingénieur en Chef, dans ma lettre du 23 Août 1873, la galerie courbe d'Airolo devait m'être, après son excavation, d'un précieux secours pour l'enmagasinement, pendant la saison rigoureuse des moëllons et autres matériaux nécessaires à l'exécution du revêtement du souterrain. C'est avec peine que j'ai vu ne point tenir compte des justes sollicitations dont j'appuyais ma demande dans ma lettre précitée à Monsieur l'Ingénieur en Chef, et que je me suis vu dans la nécessité si contraire à |

ENTREPRISE DU TUNNEL DU GOTHARD L. FAVRE & CIE No 147

Altorf (Canton d'Uri – Suisse), le 13 Juin 1874

(Suite de la lettre du 13 Juin à Monsieur le Président du Comité de Direction du Chemin de fer du Gothard)

mes intérêts de ne point attaquer cette partie du souterrain que je ne pouvais exécuter avant que la Compagnie eut préalablement déblayé la tranchée qui la précède.

Je crois, Monsieur le Président, avoir répondu aux divers paragraphes de votre honorée lettre du 29/31 Décembre. Avant de terminer cette lettre, je vous rappelle encore une fois l'impossibilité materielle où je suis de vous fixer un programme exactement réalisable dans un temps donné, en egard aux circonstances complètement exceptionnelles dans les quelles se trouvent une partie de mes travaux. Je vous réitère aussi, Monsieur Le Président, la promesse d'employer comme par le passé, tous mes efforts à la bonne réalisation d'une Entreprise à la quelle sont attachés des intérêts nationaux si considérables dont je ne méconnais point l'importance.

Dans l'espoir que ces explications vous donneront pleine satisfaction, je vous prie d'agréer, Monsieur Le Président,

l'assurance de mes sentiments respectueux,

L. Favre

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1Nachträgliche Notiz von Eschers Hand: «empf. am 14 " " (Abends)» .

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