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Korrespondenz: Alfred Escher – Karl Wilhelm von Graffenried

AES B5510 | SBB Historic VGB_GB_SBBGB01_008

Karl Wilhelm von Graffenried an Alfred Escher, Den Haag, Dienstag / Mittwoch, 26. / 27. September 1865

Schlagwörter: Gotthardbahnprojekt, Schweizerische Nordostbahn (NOB), Öffentliche Beteiligungen (Infrastruktur)

Briefe

Monsieur le Dr Alfred Escher,
Président de la Direction du Nord Est,
Zürich. 1

Bien cher Monsieur,

J'ai l'honneur de vous confirmer ma lettre de Bruxelles et ma dépêche de Lahaye du 26. ct.

Arrivé à Lahaye le 22. ct j'y remis le jour même ma recommandation de Mr Suter chez Mr de Brouwer, Vice Président des Chemins de fer, et ma recommandation de Mr Rogier chez Mr le Baron Dujardin, ministre de Belgique.

Le soir du 22. ct j'avais déjà l'avis d'une audience de Mr Dujardin pour le lendemain matin, et une conférence avec Mr de Brouwer.

Dans cette conférence j'intéressai vivement Mr de Brouwer au projet du St Gothard, que je lui exposai; et j'appris, que pour le succès de ma mission en Hollande tout dépendrait de Mr Thorbecke, Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur et des Travaux publics, dont la position à la tête du Gouvernement est si puissante, qu'elle équivaut presque à une dictature. Mais Mr de Brouwer me dit aussi, que Mr Thorbecke était presque inabordable, occupé comme il l'est maintenant des dis | cussions des Etats généraux sur l'adresse et sur le Budget. Je conclus, qu'une audience de Mr Thorbecke devait être le premier but à poursuivre, mais que ce but serait presque impossible à atteindre.

Le lendemain 23. ct. je vis Mr Dujardin. Il me confirma textuellement les informations de Mr de Brouwer sur la toute-puissance de Mr Thorbecke, et sur la difficulté presque insur montable d'en obtenir une audience. Il se borne à me faire espérer pour le lundi 25. ct. au plus tôt une audience de Mr Cremers, ministre des affaires étrangères.

Le Prince et la Princesse Frédéric, pour lesquels j'ai une recommandation de ma mise, sont en Silésie pour plusieurs mois: je ne pou vais donc compter sur eux pour le moment. Pendant le reste du samedi 23 ct. et du Dimanche je dois me borner à voir Mr de Brouwer en attendant le résultat des démarches de Mr Dujardin.

Le lundi 25. celui-ci pût me présenter à Mr Cremers. Je présentai à ce ministre le désir du Comité et les détails du projet du St Gothard. Le ministre me témoigna son intérêt pour cette| entreprise: mais il s'exprima de manière à me priver de tout espoir d'une subvention des Pays-Bas, et à ne me laisser que fort peu d'espoir d'une audience de Mr Thorbecke. Il me promit de parler à ce dernier de l'affaire elle-même, et de mon intention de l'en entretenir: mais il me dit, que, si à 3 heures après-midi je n'avais pas reçu de réponse affirmative de sa part, je devais renoncer à voir Mr Thorbecke. À 3 heures je n'avais pas de réponse. Mr Dujardin ne voyait plus moyen d'aboutir. La position était critique.

Je fis une tentative auprès du Comte Perponcher, ministre de Prusse à La Haye, chez lequel j'avais accès par sa femme: je cherchai à l'intéresser à l'affaire en invoquant les inten tions de Mr de Bismarck. Mais ce fût en vain. Le Comte Perponcher, en véritable homme de cour, craignait de se compromettre; et ne sut que me dissuader de tout essai de voir Mr Thorbecke, qu'il me représenta de nouveau comme tout-à-fait inabordable.

Il ne me restait plus qu'une voie à tenter: c'était celle d'écrire directement à Mr Thorbecke au risque de froisser Mrs Dujardin, Cremers et Perponcher. Je m'y décidai, et| j'adressai le soir même à Mr Thorbecke une longue lettre lui exposant en détail le projet et le voeu du Comité. Le lendemain matin je recevais de Mr Thorbecke l'avis, qu'il me recevrait à 3 heures. L'audience impossible était gâgnée.

Je vis le tout puissant Ministre. En 10 minutes il avait compris l'importance du St Gothard, et m'avait répondu textuel lement ce qui suit:

«Je suis personnellement disposé à subven tionner l'entreprise; je prévois, il est vrai, des difficultés presqu'insurmontables même pour moi dans les Etats Généraux; mais je m'occuperai de l'affaire: et elle me semble avoir plus de chances de succès que du contraire.»

En sortant de chez Mr Thorbecke je vous télégraphiai.

Je rédigeai de suite un résumé des principaux avantages du Gothard pour les Pays-Bas, que j'adressai à Mr Thorbecke avec les 2 rapports, l'atlas, les plans, et la brochure de Mr Widmer.

Puis je remerciai Mr Dujardin de l'audience obtenue, croyant utile de lui laisser la| douce illusion qu'il me l'avait procurée, afin de l'encourager à soutenir l`affaire. J`en agis de même envers Mr Cremers, auquel j'adressai également le résumé des avantages du Gothard pour la Hollande.

Je ne vous cacherai pas, que le succès de ma lettre à Mr Thorbecke est dû bien plus qu'à moi-même à une influence, dont je m'étais assuré et que je vous expliquerai verbalement.

Quoi qu'il en soit je crois avoir obtenu ici tout ce qu'il était raisonnablement possible d'aspirer d'abord. Les excellents ambassadeurs, qui m'ont si bien secondé, me conseillaient de me contenter d'une note du ministre des affaires étrangères constatant les bonnes dispositions morales des Pays-Bas en faveur du Gothard, et de demander officiellement une réponse écrite dans ce sens. Mais – moins ambitieux que certaines autres personnes de la gloire d'un nouveau «protocolle de Londres» – il me parût dangereux d'indiquer au Ministre des affaires étrangères le moyen de me contenter| à si bon marché: et je crus préférable de ne pas mettre au Ministère pour ainsi dire le pistolet sur la gorge, en réclamant de sa part sur le champ une réponse officielle par écrit. Cela aurait certainement été le sûr moyen de voir refuser toute subvention autre que morales. Il est bien possible, qu'en fin de compte, et malgré les dispositions de Mr Thorbecke, la subvention soit refusée: mais je me suis entendu avec Mr Thorbecke, pour que le Comité puisse lui adresser pro chainement une demande écrite de subven tion: et jusque là le Comité aura le temps de faire agir ici les gouvernements de Prusse, Bade et Wurttemberg; leurs efforts réunis à ceux, que je pense obtenir de la Belgique, seraient de nature à préparer encore ici le terrain: et la position serait ainsi rendue bien meilleure encore que maintenant pour tenter la demande définitive.

En tout cas le Comité jugera et agira, comme il le trouvera bon. Le grand point me semble être, qu'il est maintenant libre de choisir son heure, tandis que le terrain est aussi| bien préparé que possible par la disposition favorable et active, dans laquelle se trouve Mr Thorbecke.

N'ayant pu adherer aujourd'hui la remise des mémoires aux ministres et mes visites de congé, je ne pourrai arriver à Bruxelles que demain soir.

Mais j'espère beaucoup, que la réponse de Mr Thorbecke, dont je pourrai faire part à Mr Rogier, activera ses décisions: et que je pourrai avant la semaine pro chaine vous télégraphier de bonnes nouvelles de Bruxelles.

Je vous prie, bien cher Monsieur, d'excuser le style pressé et mal soigné de cette lettre, et d'accepter le témoignage de mon reconnaissant et respectueux dévouement.

Guillaume de Graffenried

Lahaye, 26/27 Septembre 1865.

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