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Korrespondenz: Alfred Escher – Elysée Chenaud

AES B4645 | StAZH W I 35 R 40

Elysée Chenaud an Alfred Escher, Montbrillant, Montag, 31. August 1840

Schlagwörter: Zofingerverein (Studentenverbindung)

Briefe

Montbrillant, 31 Août 1840.

Mon cher Escher,

J'ai reçu Samedi ta lettre du 26 Août, que j'attendais avec impatience avant de répondre à la lettre de la Section du 15 Août. Je voulais savoir si l'époque choisie pour la fête ne vous offrait pas d'obstacles insurmontables. Il parait que le Mercredi & le Jeudi ne vous incommodent guères plus que le Lundi & le Mardi, & je m'en réjouis. Nous autres, de la Suisse française, qui, souvent, devons prendre la diligence pour nous rendre à Zofingen parce que notre temps nous est précieux ds cette saison & que nos voyages de vacances se font au commencement d'Août le plus souvent, & qui, en tout cas, avons deux ou trois jours de route de plus que vous, nous préférons la fin de la semaine au commencement, pour ne pas entamer trop fortement la semaine précédente. Or, comme vos confédérés du midi & de l'occident sont bien moins nombreux que vous dans nos réunions annuelles, bien qu'ils en aient tout autant besoin, il convient de les favoriser autant que possible, sans nuire d'autre part à vos intérêts. Je suis d'ailleurs heureux d'avoir pu si bien concilier tous les partis, ce qui n'est pas si facile, comme bien vous le savez. Le canton de Genève est le seul lésé dans sa demande; mais c'est aussi celui qui eût, sans celà, envoyé le moins de ses membres à Zofingen, & le nombre des partants ne s'en trouve pas diminué d'un seul; heureusement! ‒ Les Vaudois ne seront guères nombreux non plus, malgré leur absence à la fête de gymnastique. J'en ignore le motif: je crois pouvoir l'attribuer au peu de zèle des anciens membres, dont deux seulement (dont l'un était honoraire) se sont, par exemple, rendus à Rolle pour la réunion annuelle avec les Genevois; les jeunes membres sont décidément les plus actifs à Lausanne, mais ils ne savent guères encore ce que c'est que Zofingen.

J'en viens à ta lettre du 15, au nom de la Section de Zürich.

1o). Pour répondre à notre reproche sur votre silence absolu, tu nous parles d'une lettre, écrite au C. C. au commencement de cette année. Je te répète que nous n'en avons reçu aucune. Cette lettre se serait-elle égarée dans sa destination, & aurait-elle été frapper à la porte du Comité de Section? Non; je me suis assuré encore qu'on n'avait rien reçu là aussi. D'ailleurs, je devais le présumer, puisque c'est moi qui ai traduit cette année, pour la Section, la plus grande partie des lettres qu'elle a reçues, & notamment trois de Zürich: un billet de Fries, une circulaire de Wegmann & une circulaire de Weber il y a deux mois. Pouvez-vous d'ailleurs penser que nous fussions restés muets (car c'est de celà que vous nous accusez) à une lettre aussi longue & aussi importante que vous nous le dites, & venant d'une section aussi principale que la vôtre? Pouvez-vous le penser, tandis que nous avions, nous, une longue négligence à réparer, & que nous devions avec empressement saisir l'occasion que vous nous offriez là? Pouvez-vous le penser, tandis que cette lettre nous donnait le moyen d'entrer en rapport avec votre vie réelle & votre activité, au lieu de tourner dans un cercle impuissant d'idées générales & de banales exhortations? ‒ Non; quoique notre apparente molleste soit le grief dont vous nous chargez le plus souvent, & qu'il soit parfaitement injuste & lâche d'y joindre l'accusation de peu d'amour pour notre tâche de Zofingiens, la tendance genevoise, plus attentive aux faits qu'aux idées, plus curieuse d'observations que de spéculations, et en même temps un caractère timide & demandant à être prévenu aussi bien qu'à| prévenir, entrent pour beaucoup dans la rareté de nos communications. Sur quoi, après notre circulaire de Décembre & une autre circulaire également nécessaire, pouvions-nous vous écrire? A vous, de nous donner des nouvelles & un premier aliment, sur lequel nous aurions poursuivi activement la correspondance. ‒ Mais que sert une superflue récrimination? N'alterons plus une bonne harmonie qui semble, je l'espère, se rétablir entre nous, & que Zofingen, j'en suis certain, confirmera entièrement. ‒

Qu'il soit seulement établi, par ce peu de mots, que nous n'avons pas eu les premiers torts: car, de votre côté, vous n'avez rien répondu à ma circulaire de la fin de Décembre; écrite, je l'avoue, dans un esprit un peu partial & dans des vues qui ne sont plus les miennes aujourd'hui, mais enfin qui méritait une réponse; ni à la lettre d'Amiel sur les concours, je ne sais plus sous quelle date.

Merci pour votre empressement à nous remettre la lettre des candidats au C. C., que nous fesons circuler dans les autres Sections. ‒ Nous vous écrirons plus tard pour la quote part des frais de cette année.

Les questions traitées à Zofingen seront peu nombreuses, & les séances, j'espère, n'empièteront pas sur les heures réservées à une franche amitié.

Voici les principaux objets de discussion: a). Réception de la Section candidate de Lucerne. b). Question des concours proposée par Vaud. c). Modification de l'article du règlement général qui ordonne pour la dernière séance du Semestre d'Eté la lecture du rapport annuel, ds chaque section; on demande que le rapport soit lu à la 1e séance du Semestre d'hiver suivant.

Restent 2 discours allemands, 1 discours français; peut-être un ou deux volontaires. Aucune proposition individuelle ne nous a été transmise. Peut-être le C. C. proposera-t-il que la plus grande partie des Archives Centrales soient déposées à Berne ou dans telle autre section d'une position centrale de plus de 15 membres; car elles commencent à devenir nombreuses & embarrassantes. ‒ Voilà.

Les nouvelles de votre section sont presque les mêmes que celles d'autres Sections: membres moins nombreux, mais attachés, pertes prochaines, mais espérances fondées sur l'activité des autres membres plus jeunes, &c. Ce fait se renouvelle souvent à cette époque; mais il a cette année des caractères heureux & qui excitent la confiance. ‒ Vous avez aboli, dans votre mode de réception une forme devenue vaine & sans signification; nous nous en réjouissons, comme de toutes les formalités abolies. Vienne le temps où la Société de Zofingen pourra fouler aux pieds tous ces langes devenus désormais inutiles, & où des institutions d'un esprit plus fédéral permettront de considérer comme membre de droit de notre Societé, tout étudiant suisse d'une de nos académies!

Nous accueillons avec reconnaissance les vœux qui terminent votre lettre. Recevez-en de non moins vifs de notre part. Puissiez-vous, surtout, arriver nombreux à Zofingen, & resserrer avec vos frères, avec nous-mêmes, des liens qui ont failli se relâcher! A Zofingen! A Zofingen! C'est notre cri d'espoir; c'est là que notre association reprend| vraiment des forces & comme un nouveau sang dans ses veines appauvries: l'embrassade de Zofingen renouvelle toute notre vigueur; on y comprend mieux la patrie & l'amitié; on sent, on touche au doigt, ce que devrait être & ce que sera notre Suisse, quand les jours à venir, les jours que nous appelons seront venus! C'est par ces mots aussi que nous terminons: A Zofingen!

Adieu, chers amis! Nous vous serrons d'avance une main fraternelle.

El. Chenaud /
prést C.

P. S. Je m'aperçois, en relisant, que j'ai commencé ma lettre par m'adresser à Escher seul, & que je l'ai terminée par une lettre à toute la section. Peu importe, elle est toute entière destinée à celle-ci.

Je lui annoncerai encore, si elle ne le sait pas, qu'une société de gymnastique, d'une 30e de membres s'est formée à Genève, & pense entrer en relation avec la Soc. de Gymn. fédérale l'hiver prochain. A cette occasion, je demanderai à la Section si aucun de ses membres, membre aussi de la gymnastique, ne voudrait, l'an prochain, à la fête de gymn. se charger de proposer que cette fête fût remise dorénavant au printemps, afin de ne pas rivaliser avec notre fête de Zofingen? R. S. V. P.