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Korrespondenz: Alfred Escher – Aimé Steinlen
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  • von Aimé Steinlen, 31. Januar 1846 Schlagwörter: Zofingerverein (Studentenverbindung), Berufsleben, Grosser Rat VD, Regierungsrat ZH, Attentate und Anschläge, Grosser Rat / Kantonsrat ZH, Aufstände und Umsturzversuche VD, Parteienstreitigkeiten, Regierungsrat VD AES B0413+
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AES B0413 | CH-BAR#J1.67#1000/1363#474*

In: Jung/Koch, Escher Briefe, Band 3, Nr. 38

Aimé Steinlen an Alfred Escher, Paris, Samstag, 31. Januar 1846

Schlagwörter: Attentate und Anschläge, Aufstände und Umsturzversuche VD, Berufsleben, Grosser Rat / Kantonsrat ZH, Grosser Rat VD, Parteienstreitigkeiten, Regierungsrat VD, Regierungsrat ZH, Zofingerverein (Studentenverbindung)

Briefe

Paris, 31 Janvier 1846.

Cher ami!

Cette lettre viendra-t-elle frapper à ta porte comme le souvenir effacé d'une autre époque de ta vie? et celui qui la signe peut-il encore s'appeler ton ami comme sous le flaus1 d'étudiant et au milieu des fêtes de Zofingen2? Peut-être ne te souvient-il plus de m'avoir vu à la fête de 18413, où j'étais orateur vaudois, cependant j'espère qu'il en est autrement et que ces lignes te parviendront comme d'un ancien frère de Zofingen; c'est au nom de cette bannière à l'ombre de laquelle notre jeunesse a fleuri pour la patrie que je prends la liberté de m'adresser à toi. Tu es entré dans la vie pratique, ta voix pèse maintenant dans l'Etat; je n'ai aucune qualité à te présenter que celle d'être d'une opinion politique différente de la tienne, mais cela même m'engage à t'écrire. Notre société de Zofingen, (car nous lui appartenons encore,) doit avoir poussé d'assez fortes racines dans nos cœurs pour qu'à travers les divergences d'opinions, il reste entre ceux qui en ont fait partie une estime réciproque, et l'assurance que chacun des Zofingiens cherche sincèrement le bien de son pays, tant que leurs actes n'ont pas témoigné le contraire.

Lorsque le Grand-Conseil du Canton de Vaud eut décidé de demander satisfaction à votre Gouvernement des paroles prononcées par Mr Bluntschli4, j'eus dès l'abord la pensée de t'écrire à ce sujet, et depuis ce moment ce projet n'a fait que de fortifier dans mon esprit.5 Cette affaire a une grande importance, et maintenant plus que jamais les Confédérés ont besoin, non pas de se fortifier dans leur opinion en entendant toujours la voix et les journaux de leur parti, mais d'écouter le parti opposé et de suivre la vérité, de quelque part qu'elle vienne. Je ne veux point assumer la responsabilité des termes mêmes dont s'est servi Mr Bluntschli; lui-même, dans sa lettre à votre Conseil d'Etat6, les a expliqués et a fait voir qu'il les entendait d'une manière un peu différente de celle dont tout le monde les avait compris d'abord. Je désire seulement te rappeler quelques faits, qui, rapprochés les uns des autres, montreront comment le Conseil d'Etat comprend la liberté religieuse et comment il a agi à l'égard des ministres. Après la révolution de Février ont lieu certains désordres à propos des assemblées dissidentes; l'effervescence du moment les faisait comprendre, et l'on pensait que le gouvernement les réprimerait plus tard. D'autres désordres se passent; et Blanchenay7 écrit sa fameuse lettre où il divise la population d'une localité en fanatiques et en citoyens; et où il rend les premiers | responsables des désordres.8 Mais déjà l'orage passait des dissidents sur l'Eglise nationale. Le Grand-Conseil n'ose proclamer la liberté religieuse dans la Constitution, et peu après il adopte comme principe d'une loi future que le salaire sera retranché à ceux des pasteurs nationaux qui fonctionneront hors des heures du culte officiel et dans d'autres lieux que les temples. Ceux qui soutinrent cette mesure s'efforcèrent de faire confondre les pasteurs et les dissidents, et les réunions libres présidées par les pasteurs avec les assemblées séparatistes, tandis que les doctrines de nos pasteurs ne sont autre que celles connues en Allemagne sous le nom d'orthodoxes et de piétistes, et qui ne sont nullement séparatistes. Les pasteurs, qui avaient déjà plaidé pour la liberté religieuse, protestent contre la décision du Grand-Conseil au nom de la liberté du ministère. On ne les honore pas même d'une réponse. Vint la proclamation du 3 Août; le refus de la lire fait par plusieurs pasteurs.9 Le Conseil d'Etat, qui n'avait pas le droit de préjuger la question, les traduit comme rebelles devant le peuple dans une Circulaire. Une consultation des avocats prouve que les pasteurs ont agi légalement; les Classes les absolvent, le Conseil d'Etat les punit, et accompagne sa sentence de Considérants dans lesquels il prétend faire des pasteurs de simples fonctionnaires de l'Etat et où il leur enlève tout caractère religieux. Là-dessus les Pasteurs s'assemblent, et, en donnant leur démission, revendiquent la liberté de l'Eglise. On a élevé bien des opinions sur cette démission; beaucoup l'ont blâmée; pour moi, je crois que les pasteurs n'ont fait que leur devoir; mais qu'il en soit ce qu'on voudra. La démission a été provoquée par l'arbitraire du Conseil d'Etat; c'est un fait patent. Après cela le Conseil d'Etat demande au Grand-Conseil des pleins-pouvoirs législatifs, et le Grand-Conseil les lui accorde. Là-dessus le Conseil d'Etat invite une partie des pasteurs à rentrer, mais sans leur accorder même en un seul point; «ce que», dit une autre Circulaire, «ils appellent des garanties». Un certain nombre de pasteurs acceptent, les autres restent fermes et veulent continuer librement leurs fonctions pour ceux qui leur sont attachés. Des disordres ont lieu à Lausanne; ceux qui veulent assaillir l'Oratoire sont repoussés avec perte, et le Conseil d'Etat interdit les réunions religieuses à Lausanne, annonçant qu'il en fera de même dans toutes les localités où l'on troublera l'ordre. C'était assez clair et assez encourageant pour les ennemis des réunions. Cependant l'orage se calma; et, sauf des menaces, tout fut paisible pendant quelque temps. Le Conseil d'Etat lui-même recommanda aux préfets de protéger les réunions religieuses tenues dans des maisons particulières. Maintenant le vent a de nouveau tourné à la tempête; tu sais l'indigne traitement que Monnard10 a subi à Montreux; les réunions viennent d'y être défendues. Un garde-forêt a été destitué pour| avoir assisté à ces réunions; on les fait de nouveau fermer dans quelques endroits. Comment trouves-tu ce système? Mr Bluntschli avait-il tout à fait tort? Ces faits te sont probablement déjà connus, je t'ai peut-être ennuyé en les rapportant, je tenais pourtant à le faire; ne fût-ce que pour en montrer la suite très-logique, il faut l'avouer. Mais te paraîtrai-je exagéré si je te dis qu'il y a deux mois, peu avant le discours Bluntschli, nous avions la terreur à Lausanne? Je n'avancerais pas une pareille assertion si je n'avais vu les choses de mes yeux. En venant ici au commencement de Décembre, j'ai passé par Lausanne, dont j'avais été absent tout l'été! C'était le lendemain de l'échauffourée de l'Oratoire.11 Pendant quelques jours que je fus là, les étudiants n'osaient pas sortir le soir sans armes. Comme un bon nombre d'entr'eux avaient défendu l'Oratoire, c'était à eux qu'on en voulait. La police de la ville était muette; la véritable police était faite par une populace analogue à celle de Paris pendant la révolution française. Ces gens avaient leurs postes et leurs patrouilles. Les étudiants à qui ils en voulaient le plus étaient deux Suisses allemands, l'un St. Gallois, l'autre Appenzellois12, tous deux radicaux, mais qui avaient tenu à maintenir l'ordre. Un soir entr'autres ceux-ci attendaient d'être attaqués dans le bâtiment de la gymnastique; ils étaient prêts à se défendre; nous devions leur prêter main-forte. Il n'y eut rien; et le lendemain on disait que le Gouvernement avait fait prier les chefs de la populace de ne rien entreprendre. Est-ce vrai? je ne le garantis pas; mais ce qu'il y a de certain, c'est que cet état de terreur dura quelque temps puis se calma. Maintenant il paraît vouloir recommencer. Voilà pour ce qui concerne la vérité des paroles de Bluntschli. Religieusement et politiquement, la majorité, ou ceux qui la représentent, opprime la minorité dans notre Canton.

Cela étant, la majorité de votre Grand-Conseil pourrait encore désapprouver les paroles de Mr Bluntschli, parce que notre Gouvernement suit la même ligne politique que le vôtre dans les questions fédérales. Mais crois-tu réellement que nos radicaux le soient à votre manière? Voudrais-tu te mettre avec eux sur la même ligne. Une bien grande différence existe, et je suis heureux de me trouver d'accord en ceci avec la Nouv. Gazette de Zürich13, entre le radicalisme des années qui ont suivi 1830, et l'esprit révolutionnaire de l'année dernière. Un bon nombre des anciens radicaux ont marché avec leur système, mais beaucoup aussi sont restés fidèles à leurs premières idées, et je pense que vous devez vous trouver bien débordés. Au fond de tout ce mouvement qui a bouleversé notre Canton et qui peut-être a bouleversé aussi Berne (je ne connais| pas encore le résultat de la votation14 ) se remue le socialisme. La médiocrité de la masse s'érige en règle et en despotisme; toute individualité qui résiste au torrent est marquée au front; la conscience, les convictions, les facultés de chacun doivent être écrasées dans un rouleau niveleur; c'est en un mot, la haine de celui qui n'a pas contre celui qui a; et il ne s'agit pas seulement d'argent, mais de toute supériorité quelconque. Ce système est-il autre chose que l'esclavage? Peux-tu voir maintenant la conduite de notre Gouvernement, et croire que c'est un Gouvernement libéral? Druey15 a développé au long et au large la théorie sociale de nos radicaux. Lui-même est hégélien16; il a entendu autrefois Hegel à Berlin, et il professe un panthéisme très-conséquent et très-logique.17 Sa manière de voir est tout autant philosophique que religieuse et sociale18. Il se sert des expressions religieuses, il croit à la divinité de Jésus-Christ, mais il entend tout cela à sa manière. L'espèce humaine est pour lui le but, l'individu n'est qu'un moyen pas même un but relatif; aussi l'ai-je entendu répéter en Grand-Conseil: «L'individu est non seulement subordonné à la société; il lui est soumis.» Partout il voit de l'aristocratie, «l'aristocratie des lumières, l'aristocratie de la moralité, la noblesse de l'âme, l'aristocratie de la pauvreté» (ce sont les pauvres non assistés, qui cherchent à subvenir eux-mêmes à leur existence.) Toutes ces aristocraties doivent se fondre dans la masse; c'est cette masse, la majorité, qui est l'expression de la vérité, dans toutes ses fluctuations et ses incertitudes. Cette masse, c'est Dieu. «Ce compensateur», est-il dit dans l'Exposé des Motifs de la Loi sur l'organisation judiciaire19, «ce compensateur, c'est la volonté de tous20, c'est Dieu qui se manifeste en tous, c'est le principe de la souveraineté populaire». N'est-ce pas l'évolution du Dieu-idée de Hegel, qui cherche à arriver dans l'homme à la conscience de lui-même? Aussi rien d'étonnant dans les oscillations de Mr Druey; sa conséquence à lui, c'est de suivre la voix de Dieu exprimée dans les décisions de la majorité. De ce principe découlent toutes les idées avancées par Druey. L'Eglise, c'est le peuple considéré sous le point de vue religieux; elle n'a point de doctrines arrêtées; ses fonctionnaires, les pasteurs, reçoivent de l'Etat, représentant du peuple, les ordres absolus de celui-ci. De là découlent les propositions sur l'organisation du travail, la tentative de faire inscrire en tête de la Constitution que celle-ci ne lie point la majorité, les flatteries adressées à ce qui représente plus particulièrement le peuple aux yeux de Druey, c'est à dire le peuple de la rue. Dans son système tout se tient, tout se lie; mais parmi ceux qui le suivent, peu en ont vu le fond. Il faut l'avouer, Druey est un homme habile.| Son système est chez lui conviction; s'il est peu scrupuleux sur le choix des moyens qu'il emploie, il marche du moins à son but sans jamais le perdre de vue. Quelquefois il recule, jamais il ne cède, tour à tour il se montre audacieux et plein d'une doucereuse finesse; il connaît les hommes et le prix d'un moment, et, en une année, il a du mener le Canton plus loin que bien des gens ne voulaient et que d'autres n'osaient l'espérer. Mais si j'admire les talents de Druey, je déplore l'usage qu'il en fait; et quant à son caractère, il m'est impossible de le respecter. S'il en a dit assez pour que ses adversaires le comprennent; il n'en a pas dit assez sur ses vues à la foule qui jure sur ses paroles; il n'a qu'une conviction intellectuelle; il lui manque toute conviction morale. Un homme qui a le sentiment du devoir ne parle pas d'une aristocratie de moralité. Aux côtés de Druey marche Delarageaz21, homme de moins de talent assurèment, mais fait pour l'action. Dans l'occasion il sera le bras droit de Druey; c'est lui qui remue le pays et qui a déjà préparé la révolution. Delarageaz est arpenteur; il n'a pas rien d'éducation première solide .22 Ce n'est que tard qu'il a commencé à étudier les ouvrages des socialistes, et il s'est jeté à corps perdu dans leurs systèmes. J'imagine qu'il a été séduit par la ressemblance de ces organisations mécaniques avec ses occupations habituelles; les hommes sont des chiffres qu'il additionne pour faire de superbes calculs. Ceci n'attaque point son caractère privé, car il est doux, très-charitable même; mais il est fanatique, et en matière politique comme en d'autres cela mène loin. Pour sauver la révolution, comme il dit, il ne reculera devant rien. Tels sont les deux hommes qui sont à la tête de nos affaires; les autres Conseillers d'Etat sont leurs disciples. Leur genre de culture se rapproche plus de celle de Delarageaz que de celle de Druey; ils connaissent trèsbien l'histoire de la révolution française, fort peu l'histoire Suisse; ils sont nourris des ouvrages de Babeuf23, de Louis Blanc24, de Cabet25, etc. Je dois faire pourtant une exception en faveur de Vulliet26, qu'un bon sens tout pratique éloigne des abstractions de toute espèce. Mais oublierai-je qu'à côté du Gouvernement, ou plutôt au dessus de lui se place l'Association patriotique, et à sa tête Eytel27, dont je ne te parlerai pas, car à ce nom le sang me bruit dans le veines. Vois-tu quelques rapports entre ces systèmes, ces hommes et le bonheur de notre Suisse? La patrie telle qu'on voudrait nous la faire, est-ce celle que nous avons rêvée à Zofingen, est-ce celle que tu veux? Vos principes, que je ne partage pas, sont au moins fondés sur le sol suisse; vous êtes Suisses; mais nos gouvernants, de quelle nation sontils? Il serait difficile de le savoir si l'histoire actuelle du Canton| de Vaud ne nous reportait en France à 50 ans d'aujourd'hui. Voilà pour les tendances et les hommes, qu'a produit tout cela? Une constitution par laquelle le repos du pays peut être remis sans cesse en question, qui laisse à 8000 pétitionnaires le droit de faire convoquer les assemblées électorales et de leur faire juger toute espèce de matières, constitutionnelles, législatives ou administratives, une Constitution qui annule le pouvoir des Communes, le point de départ et le soutien de nos libertés. Ajoutons à cela la désorganisation de l'Eglise nationale, l'ébranlement, le désordre dans l'Académie et le Collège; une loi judiciaire, modèle de gâchis, et que les chefs radicaux trouvent mauvaise, tout en la votant; tu auras une idée de nos progrès. Toute confiance est détruite, le crédit est perdu, la gêne se fait sentir; la nation est démoralisée. Accusera-t-on les conservateurs d'y avoir contribué par leur opposition? Mais il est permis, certes, de résister, quand on voit la guerre déclarée à tout ce qu'il y a de relevé et de noble; nous nous voyons enlever notre honneur, on met au ban toute idée morale, pouvons-nous nous taire? Ah! plût à Dieu que les conservateurs eussent montré plus d'énergie, nous ne serions pas où nous en sommes. Pourquoi l'ancien Gouvernement ne nous a-t-il pas envoyés nous faire hâcher, plutôt que de subir une honte sans avoir même le sentiment qu'on a rempli son devoir? Mais enfin les choses en sont venues là, et je te demanderai encore: Crois-tu notre gouvernement un gouvernement vraiment libéral? Peux-tu marcher avec lui sous la même bannière?

Je comprenais autrement jadis la différence entre libéralisme et radicalisme. Il me semblait que le radicalisme, avec ses théories générales, tendant à centraliser la liberté, s'était trompé de route, et je m'étais attaché au parti conservateur, parce que celui-ci me paraissait tenir plus de compte des éléments historiques, et être plus d'accord avec le christianisme, qui veut la réforme des mœurs avant celle des institutions. Mais je croyais qu'il existait entre ces deux manières de voir un terrain commun, celui du respect pour le droit et la loi, celui de la vieille loyauté Suisse. C'est du moins ce que j'ai vu à Zofingen et qui bien souvent m'a relevé le cœur. Me suis-je trompé? Non; je ne peux pas le croire. Et toi aussi, à l'une de nos fêtes, tu as porté un toast au respect des opinions; tu as compris cette unité du caractère au travers de la divergence des idées. Mais ce support était fondé sur une estime réciproque. Peux-tu accorder ton estime à cet esprit révolutionnaire tel qu'il se produit depuis un an; à cette rage qui prend plaisir à fouler sous ses pieds la religion, et la loi; à cette politique de cabaret et de vin? Peux-tu accorder ta confiance à des hommes tels que ceux qui dirigent tous ces mouvements de Berne et de Vaud? Non, et je| suis heureux de pouvoir m'appuyer sur le discours de Mr Furrer à l'ouverture de la dernière Diète28, sur un article récent de la Nouv. Gaz. de Zürich29, et mieux encore, sur la belle conduite de Neuhaus30 dans les dernières affaires de Berne.31 Regarde l'état de notre pauvre patrie; vois nos populations travaillées par l'ivrognerie, par la démoralisation, par toutes les doctrines communistes et sociales qu'on leur infiltre sans cesse; la loi n'est plus respectée, les idées du droit et de justice se perdent; et d'un autre côté une superstition toujours plus aveugle, une défiance toujours plus égoïste sépare de nous les Cantons catholiques. Vaud est en proie au jacobinisme; Berne, par son vote, entre dans cette voie; tandis que Saint-Gall et Tessin sont indécis et vont peut-être passer dans l'autre camp. Zürich tient encore; Zürich est Vorort; il guide plusieurs Cantons; ne pourra-t-il arrêter la crise qui nous menace? On a déjà tant fait de politique tracassière et haineuse; la modération, le calme, l'amour du pays pourraient peut-être encore guérir les blessures. Ce n'est pas pour des questions secondaires que nous combattons; c'est pro aris et focis32. Tous ceux qui veulent une liberté fondée sur la moralité, tous les cœurs suisses ne peuvent-ils pas s'entendre? Et nous, nous qui avons vécu dans les émotions de Zofingen; nous, dont la jeunesse a contemplé comme au travers du voile de l'avenir l'idéal de la Suisse, qui l'avons rêvée noble vierge des montagnes; c'est le moment des actions de nos paroles. Ah! si libéraux, radicaux, conservateurs, [...?] laisser de côté leurs querelles et leurs accusations réciproques; si, tranchons le [nœud?], tous ceux qui ont encore une conscience suisse voulaient serrer les rangs pour s'opposer à l'absolutisme révolutionnaire; la patrie ne serait pas encore perdue. J'ose espérer qu'elle survivra aux orages; que Dieu, qui l'a préservée, la sauvera des écueils; mais, au moins, quel que soit le sort de notre pays, faisons à son égard notre devoir. Puisse la politique de l'union remplacer celle de la haine; denn Liebe thut wohl und Liebe thut noth.

Adieu, cher ami, pardonne-moi cette longue épître. Je t'ai parlé avec franchise et liberté comme à un Zofingien; et j'espère que sur cette main que je te tends tu trouveras un cœur. Une lettre de ta part me fera grand plaisir, si tu veux me consacrer quelques instants!

Ton ancien frère de Zofingen

Aimé Steinlen

Précepteur, chez Mr de Rougemont-Pourtalès33, Rue Lavoisier, 8, Paris.

Kommentareinträge

1Flaus: Bezeichnung der Flausjacke studentischer Verbindungen.

2Zur Bedeutung der Studentenverbindung Zofingia für Alfred Escher vgl. Jung, Aufbruch, S. 101–128; Der Zofingerverein: Alfred Escher als Präsident der Sektion Zürich und als Centralpräsident (1837–1842).

3Im September 1841 wurde unter der Leitung von Centralpräsident Escher in Zofingen das Centralfest des Zofingervereins durchgeführt. Vgl. Umwälzung der alten Ordnung, Sonderbund (1845–1847).

4 Johann Caspar Bluntschli (1808–1881), ordentlicher Professor für römisches, deutsches und schweizerisches Recht an der Universität Zürich und Grossrat (ZH).

5In seiner Eröffnungsrede zur Grossratssitzung vom 15. Dezember 1845 kritisierte Bluntschli den gewaltsamen Regierungsumsturz im Kanton Waadt. Er verurteilte, dass die Religionsfreiheit nicht gewährleistet sei und dass durch «Pöbelhaufen und durch Gensdarmen» die Gläubigen daran gehindert würden, «selbst in ihren eigenen Häusern [...] gemeinsame gottesdienstliche Uebungen zu begehen». Die waadtländischen Behörden beschwerten sich darauf in Zürich über Bluntschlis Vorwürfe. Im Zürcher Grossen Rat wurde in der ordentlichen Frühlingssitzung (24.–26. März 1846) über die Einwände beraten. Man kam zum Schluss, dass es sich beim Votum um Bluntschlis Privatansicht gehandelt habe. Die Waadtländer Beschwerde wurde zurückgewiesen. NZZ, 16. Dezember 1845. Vgl. Stolze, Bluntschlis Vermittlungspolitik II, S. 390.

6Zum Schreiben Bluntschlis an den Zürcher Regierungsrat vgl. NZZ, 5. Januar 1846.

7 Louis Blanchenay (1801–1881), Staats- und Grossrat (VD).

8Am 6. April 1845 wurden die Teilnehmer einer religiösen Versammlung Opfer von gewalttätigen Übergriffen, worauf die Betroffenen eine Beschwerde beim Untersuchungsrichter einreichten. Blanchenay verfasste am 9. April 1845 in seiner Funktion als Vizepräsident des Staatsrates ein Schreiben, in dem die Kläger angewiesen wurden, keine religiösen Versammlungen mehr abzuhalten, da diese die öffentliche Ruhe stören würden. Vgl. Chavannes, Crise ecclésiastique, S. 7–8.

9 Henri Druey hatte eine Proklamation ausgearbeitet, in der er seine Prinzipien darlegte, und verlangte von den Pfarrern, diese am Sonntag, 3. August 1845, im Gottesdienst zu verlesen. Diese Aufforderung verschärfte den Konflikt zwischen der radikal-liberalen Regierung und den Pfarrern, die sich gegen staatliche Zugriffe auf ihre Einflußsphäre verwahrten. Vgl. Lasserre, Henri Druey, S. 190–194.

10 Charles Monnard (1790–1865). Monnard war ein Verfechter der Unterrichts- und Kultusfreiheit, womit er das radikale Waadtländer Regime gegen sich aufbrachte. Nach der Revolution im Kanton Waadt von 1845 legte er seine Professur nieder und trat eine Stelle als Pfarrer in Montreux an, von der er jedoch bald enthoben wurde. Als er darauf als Prediger in Clarens (heute Ortsteil von Montreux) diente, wurde er im Dezember 1845 auf dem Weg zum Gemeindesaal von einer Gruppe Radikaler misshandelt. Monnard übersiedelte 1847 nach Bonn. Vgl. Feller/Bonjour, Geschichtsschreibung II, S. 594.

11Am 30. November 1845 kam es in Lausanne vor dem Oratorium in der Rue Mauborget zu einer Schlägerei, worauf der Staatsrat alle öffentlichen Versammlungen in der Stadt verbot. Vgl. Lasserre, Henri Druey, S. 202–203.

12Personen nicht ermittelt.

13Vermutlich ist der Artikel «Ueber Volkssouveränetät» gemeint. Vgl. NZZ, 22. Januar 1846.

14In der Sitzung des Berner Grossen Rats vom 12. Januar 1846 wurde über die Reform der Kantonsverfassung beraten. Die immer stärker werdenden Radikalen im Kanton verlangten die Einsetzung eines Verfassungsrates, was die Liberalen und Konservativen ablehnten. Man versuchte eine Kompromisslösung zu finden, indem man einen Verfassungsrat bestehend aus 21 radikalen und 20 liberal-konservativen Grossräten einsetzen wollte. In einer Volksabstimmung vom 1. Februar 1846, die Steinlen hier anspricht, wurde dieser Kompromiss jedoch verworfen und somit indirekt die Einsetzung eines Verfassungsrates gefordert. Bei der Wahl des Verfassungsrates vom 2. März 1846 konnten die radikalen Kräfte eine klare Mehrheit erringen. Vgl. NZZ, 5. Februar 1845; Kölz, Verfassungsgeschichte I, S. 484–491; Junker, Geschichte Kt. Bern II, S. 135–139.

15 Henri Druey (1799–1855), Staatsrat (VD).

16 Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770–1831), Professor für Philosophie an den Universitäten Heidelberg (1816–1818) und Berlin (1818–1831).

17Zu den religiösen Ansichten Drueys vgl. Brief Henri Druey an Elise Piguet, 29. April 1845 / 5. Mai 1845, zit. Steiner/Lasserre, Druey Correspondance II, S. 158–161.

18Sofortige Korrektur, zuvor: «poli».

19Sachverhalt nicht ermittelt.

20Sofortige Korrektur, zuvor: «du peuple».

21 Louis-Henri Delarageaz (1807–1891), Staatsrat (VD).

22 Delarageaz absolvierte eine Lehre als Vermesser im Lausanner Baudepartement und arbeitete nach der Erlangung seines Diploms 1831 als selbständiger Vermesser. Vgl. HLS online, Delarageaz Louis-Henri.

23 François Noël Babeuf (1764–1797), französischer Publizist.

24 Louis Blanc (1811–1882), französischer Publizist und Historiker.

25 Etienne Cabet (1788–1856), französischer Publizist.

26 Jules Vulliet (1804–1848), Staatsrat (VD).

27 Jules Eytel (1817–1873), Grossrat (VD) und Anwalt.

28Gemeint ist die Rede Furrers zur Eröffnung der Tagsatzung vom 7. Juli 1845. Vgl. NZZ, 8. Juli 1845.

29Gemeint ist vermutlich NZZ, 22. Januar 1846.

30 Karl Neuhaus (1796–1849), Regierungs- und Grossrat (BE).

31Vermutlich wird hier auf die Verfassungsrevision im Kanton Bern angespielt, in der Neuhaus versuchte, den radikalen Kräften Paroli zu bieten. Vgl. Holenstein, Ochsenbein, S. 198–203.

32Pro aris et focis (lat.): für Altar und Herd; übertragen: für Gott und Vaterland.

33 Abraham Denis Alfred de Rougemont (1802–1868), Gutsbesitzer und Kunstsammler.